Verso n°16

Verso n°16


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Philippe Gronon

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  • titre : Verso n°16, Les toits de Paris, par Fernand Léger, collection Centre Pompidou, Paris
  • date : 2007
  • technique : Photographie analogique couleur, épreuve numérique pigmentaire
  • tirage : 5 exemplaires et 2 EA
  • dimensions pleines marges : 91,5 x 72 cm
  • signature : au dos
  • numérotation : au dos
  • titrage : au dos
  • atelier : Philippe Gronon
  • ref : verso n°16
  • certificat : oui

Prix sur demande.

Série des versos.
Photographie du verso du tableau les "Les toits de Paris" par Fernand Léger se trouvant dans les collections du Centre Pompidou, Paris.

"Le contemplatif est celui pour qui l'envers vaut plus que l'endroit" Pierre Reverdy Le livre de mon bord.

Extrait du texte: "La peinture mise à nu" par le photographe Hubert Besacier:

Depuis la fin des années 1980, Philippe Gronon développe une œuvre plastique dont l’instrument principal est la chambre photographique.
De la prise de vue au tirage, les ressources spécifiques de l’argentique et du numérique sont combinées en fonction du résultat projeté. La majeure partie des objets qui retiennent son attention ont une fonction de transition physique ou mentale, d’échanges, de passage, de communication. Ces objets sont pris de face et à échelle 1, avec une précision qui amène le spectateur à scruter le détail le plus minime et simultanément, à faire porter sa réflexion sur le sens de ces objets, ce qu’ils révèlent de l’activité humaine, de l’art, de la pensée.
La série des versos, qui s’initie en 2005 et s’achève en 2012 avec l’origine du monde de Gustave Courbet, constitue une nouvelle étape dans la logique de l’œuvre  en opérant une sorte de retournement de perspective.
En choisissant pour sujet le tableau, Philippe Gronon choisit un objet qui ne vaut précisément que par sa face. Mais contrairement à ses autres sujets, ici c’est le dos qu’il expose, nous laissant accéder à l’envers du décor. Une façon d’aborder le chef d’œuvre par l’office, les coulisses, le factuel, comme il l’avait fait avec les chariots de l’imprimerie Nationale, pour le Paradis Perdu de Milton (2000).
Pour le visiteur, le même mécanisme perceptif et mental s’enclenche, mais avec ceci de particulier qu’on entre dans le domaine de la peinture. Comme devant toute photographie réaliste, nous nous attachons avant tout à l’objet représenté, mais comme il s’agit d’un tableau, c’est du côté de la picturalité que nous allons scruter cet objet et tenter de l’interpréter.
Le regard que nous portons aujourd’hui sur ces Versos est conditionné par la connaissance de l’histoire, mais également par plus d’un siècle d’accoutumance à la peinture abstraite. Le tachisme, l’informel, le gestuel, l’art pauvre et matiériste, sont passés par là pour former notre œil aux plaisirs de la contemplation de tels objets. Par l’entremise de la photographie, le verso à son tour “fait image“, et ceci à tel point que pour certaines œuvres, conçues à une époque de réflexion analytique sur le tableau (Supports/Surfaces), l’œuvre présente des qualités picturales aussi probantes lorsqu’on l’aborde par le verso.
Mais l’intérêt des versos ne s’arrête pas là : On peut les aborder avec l’œil de l’esthète, du collectionneur, du conservateur, de l’historien, voire du biographe à la recherche de l'anecdote piquante.
Dans le domaine de la collection ou de la muséographie, le rapport au tableau  est pour une large part, un rapport d’investigation et d’auscultation.
On le scrute dans ses moindres détails, à la loupe, aux rayons x, à l’endroit et à l’envers, on examine les indices susceptibles d’apporter des renseignements sur sa mise en œuvre, les échanges, les transformations qu’il a pu subir, les changements de mains, les déplacements dont il a fait l’objet. En deçà de la beauté intemporelle ou plutôt trans-temporelle de l’œuvre, on peut, par le verso, traquer le vivant  retrouver les péripéties d’une traversée du temps, le parcours trans-générationnel, la “traçabilité“ d’une œuvre et la façon dont elle a traversé  les vicissitudes de l’Histoire.
On pourrait aussi, de façon plus anecdotique, s’arrêter aux détails d’intendance qui distinguent les temps et les modes de conservation et de protection : de la simple rondelle de bouchon qui permet d’assujettir le châssis au cadre jusqu’aux appareillages de protection les plus invraisemblables que la valeur marchande de l’œuvre a suscités. Mis aux fers, bardés de métal, emprisonnés derrières des barreaux, certains versos prennent des allures de forteresses. Stigmates matériels qui révèlent les enjeux profanes de l’œuvre artistique : Offrir à la vue (recto) tout en assurant la protection (verso). Pour L’origine du monde, un sexe nu au recto, une double ou triple protection qui tient du blindage au verso !
De façon moins prosaïque, le travail de Philippe Gronon nous ramène à une importante tradition. Le verso du tableau apparaît régulièrement dans l’histoire de la peinture occidentale, avec des visées et des significations diverses. Lorsque le peintre flamand Cornelis Norbertus Gijsbrechts peint en 1670, avec un réalisme irréprochable le verso d’une toile, (Huile sur toile, 66,6 x 86,5 cm Statens Museum for Kunst. Copenhague), ce qui constitue un modèle du genre dans la vogue du trompe-l’œil, le recto se fait passer pour son verso, l’endroit pour l’envers.
On est à la fois dans le plaisir du leurre optique, dans la célébration de la virtuosité, mais aussi dans une réflexion toute baroque sur l’illusion. Pour cela le mimétisme se doit d’être parfait. Mais le renversement de perspectives culmine évidemment dans l’autre verso le plus célèbre du XVII° siècle, Las Meninas pour lequel il faut évidemment relire le texte de Michel Foucault.
Lorsque l’artiste américain Philipp Guston choisit comme sujet de plusieurs de ses toiles un châssis retourné contre un mur de son atelier, (Painting on the floor 1978, Reverse 1979..), cette précision réaliste n’est plus opérante. Il s’agit de prendre de façon très conceptuelle la peinture comme sujet de la peinture, de la saisir par son côté le plus élémentaire, pour en remettre l’image à l’œuvre. C’est aussi une modalité classique pour évoquer la situation du peintre au travail et dans la société, ce qui fait écho de façon toute moderne à l’Atelier du peintre, de Courbet.

L’intérêt documentaire des Versos de Philippe Gronon, même s’il est indéniable, ne saurait nous masquer la profondeur de son propos, touchant à nos relations à l’image, à la peinture et au regard que nous lui portons. De même que l’intérêt du sujet pictural abordé dans cette série par l’artiste, ne saurait occulter que  l’expérience esthétique que nous éprouvons à la vue de ces œuvres photographiques résulte avant tout de leur qualité plastique intrinsèque.

 

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